We need to talk about Kevin Lionel Shriver : entre psychopathe et délicatesse

We need to talk about Kevin

Il y a des romans qui ne laissent pas indemne. We need to talk about Kevin soit il faut qu’on parle de Kevin, en français fait partie de ceux-là. Chez Spanky Few, nous avons délibérément choisi de ne pas visionner le film avant d’avoir lu le livre et on ne s’est pas renseigné non plus sur l’auteur, Lionel Shriver.

Cependant, la première question qui nous soit venue à l’esprit de ce roman fut « Mais qui est Lionel Shriver ? ». Qui est cet auteur qui en quelques pages arrive à bouleverser les codes littéraires et moraux ? Qui est cet auteur qui connaît si bien le genre humain qu’il peut se permettre de l’explorer dans toutes ses profondeurs ? Cet auteur c’est Margaret Ann Shriver, une Américaine née en 1957 à Gastonia en Caroline du Nord dans une famille très religieuse. A 15 ans, elle décide de changer de prénom car elle pense qu’il est plus facile pour homme de réussir. Elle devient Lionel Shriver et voyage à travers le monde, posant ses valises à Belfast, Bangkok et Nairobi. Lionel Shriver est un écrivain qui prend son temps. A plus de 50 ans, elle n’a écrit que neuf romans, comme si chacun d’eux était le symbole d’une étape de sa vie, d’un chemin vers la maturité.

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Lionel Shriver

Avec We need to talk about Kevin, Lionel Shriver fait preuve d’une délicatesse et d’un sens de l’introspection rare. En se mettant dans la peau d’une mère de famille rongée par la culpabilité et dé-instinct maternel, elle désacralise la pureté par excellence : l’amour filial d’une mère à son enfant, d’un enfant à sa mère. Par petite touche, elle nous fait découvrir Eva, une femme de tête sous contrôle qui se confronte à celui qui est la fois son ennemi et sa raison de vivre : son fils, Kevin. Celui-ci apparaît comme un enfant-psychopathe, hurleur et surdoué qui apprend à parler et à lire seul, qui porte l’ironie et le sarcasme en blason. Kevin, qui à l’heure où certains cherchent la gloire dans la TV réalité, la trouve par le massacre. Le personnage controversé d’Eva se révèle au fur et à mesure du roman beaucoup plus sensible qu’il n’y parait.

Parmi les 2000 livres que nous avons dans notre bibliothèque, jamais un personnage nous avait touché à ce point, jamais aucun ne nous avait paru si abouti. Jusqu’au bout, Lionel Shriver nous tient en haleine, nous pousse dans nos derniers retranchements jusqu’à la prise de conscience finale du lien qui unit le fils à sa mère.

Ce roman a valu le prix Orange pour We need to talk about Kevin, ce qui a convaincu la réalisatrice Lynne Ramsay de l’adapter à l’écran. Dans le rôle d’Eva, on retrouve la lunaire Tilda Swinton et on se dit que personne d’autre qu’elle n’aurait pu jouer ce rôle, comme si Lionel Shriver avait écrit ce roman en pensant à elle.

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