En 2002, une étoile de la littérature française naissait : Lolita Pille. Avec Hell, son premier roman, elle bouleversait des codes pourtant bien établis par Beigbeider et compagnie. Six ans et deux autres romans plus tard, Lolita Pille disparait et on se rend compte que l’étoile était filante. Spanky Few s’est donné un défi : retrouver Lolita Pille.

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On a tout dit sur elle. Qu’elle n’existait pas, qu’elle n’était qu’un avatar de Frédéric Beigbeider… Pourtant, Lolita Pille a bien existé en chair et en os. Le prouvent ses passages télévisés controversés et sa morgue qui lui ont valu l’adulation de milliers de lecteurs et l’adoubement en tant qu’héritière de Bret Easton Ellis. Car l’étoile filante a été celle d’une génération entière à travers son ouvrage Hell – d’ailleurs adapté au cinéma en 2006 par Bruno Chiche. Deux ans plus tard, Lolita Pille nous livre Bubble Gum, une histoire inspirée par La Mouette de Tchekhov, sous-estimée par la critique, mais qui frôle pourtant le génie. En 2008, l’étoile filante s’éteint avec la sortie de Crépuscule Ville. À travers cet ouvrage, Lolita Pille rompt avec celui qui était jusqu’à maintenant son mentor, Beigbeider. Elle semble tirer un trait sur 99 francs, qui lui avait donné de son propre aveu le goût de l’écriture. Les lecteurs ne se reconnaissent pas Crépuscule Ville, où l’auteur jongle avec la science-fiction des années 50.

Depuis Lolita Pille a disparu. Un site Internet qui n’est plus mis à jour depuis 2010, des groupes Facebook à l’abandon et un compte Twitter privé dont l’authenticité est difficile à vérifier. Aucune réponse de Grasset, son éditeur historique, à nos nombreux emails. Dans le petit monde de l’édition, la rumeur court. Beigbeider l’aurait détruite, elle se cacherait du monde en pleine campagne où même à l’étranger. Une jeune fille nous a même dit qu’elle s’appelait en fait Virginie et qu’elle était sa baby-sitter… Personne ne sait vraiment ce qu’il est advenu de cet auteur qui manque cruellement à la littérature française. Même l’apparition de Bubble Gum dans les 20 « Chick Lit » cultes de Vanity Fair en mars dernier n’aura pas suffit à faire réapparaitre Lolita Pille. Tout juste apprend-t-on au détour d’une interview de Fafi par Garance Doré que l’artiste collabore avec Lolita Pille sur une série de BD.

Où es-tu Lolita ? Si vous avez des informations nous permettant de retrouver Lolita Pille et de lui envoyer une demande d’interview, contactez-nous via la page Facebook de Spanky Few.

#HaveYouSeenLolitaPille

Je suis une pétasse. De celles que vous ne pouvez supporter; de la pire espèce, une pétasse du XVIe, mieux habillée que la maîtresse de votre patron. Si vous êtes serveur dans un endroit «branché» ou vendeur dans une boutique de luxe, vous me souhaitez sans doute la mort, à moi, et à mes pareilles. Mais on ne tue pas la poule aux œufs d’or. Aussi mon engeance insolente perdure et prolifère‑t‑elle…
Je suis le symbole éclatant de la persistance du schéma marxiste, l’incarnation des Privilèges, l’effluve capiteux du Capitalisme.
En digne héritière de générations de femmes du monde, je passe plus de temps à me laquer les ongles, à me dorer la pilule au Comptoir du soleil, à rester le cul sur un fauteuil et la tête dans les mains d’Alexandre Zouari, à lécher les vitrines de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, que vous à travailler pour subvenir à vos petits besoins.
Je suis un pur produit de la Think Pink generation, mon credo : sois belle et consomme.
Embrigadée dans le tourbillon polycéphale des tentations ostentatoires, je suis la muse du dieu Paraître sur l’autel de qui j’immole gaiement chaque mois l’équivalent de votre salaire.
Un jour, je ferai sauter mon dressing.
Je suis française et parisienne et je n’en ai que faire, je n’appartiens qu’à une seule communauté, la très cosmopolite et très controversée Gucci Prada tribe; le monogramme est mon emblème.
Je suis un peu caricaturale. Avouez que vous me prenez pour une sacrée conne en total look Gucci, sourire bleeching et cils papillonnants.
Vous avez tort de me sous-estimer, ce sont des armes redoutables, c’est grâce à elles que je dénicherai plus tard un mari au moins aussi riche que papa, condition sine qua non de la poursuite de mon existence si délicieusement et exclusivement futile. Car travailler n’entre pas dans la liste de mes nombreux talents. Je me ferai entretenir et voilà. Comme mère et grand-mère avant moi. Cela dit, depuis quelques décennies, la concurrence est rude sur le marché matrimonial de grand luxe. Les bons partis sont sollicités de toute part par une armada de mannequins, de secrétaires, et autres soubrettes ambitieuses dont les dents blanches rayent le parquet et qui ne reculent devant rien pour se tailler la part du lion. La part du lion = un appartement de réception rive droite + une classe A + une armoire de fringues griffées de mauvais goût + deux têtes blondes + narguer les anciennes collègues moins bien tombées.
Et oui, Paris ouest, nous sommes tous beaux, nous sommes tous riches.
Riches, vous y croyez sans peine, vu le prix du mètre carré, si nous n’étions pas riches, nous n’habiterions pas là. Beaux, je vous sens dubitatifs. Réfléchissez un peu. Dans un monde où la promotion sociale par le cul fait rage depuis des générations, les familles laides ont été épurées à coup de mésalliances qui, unissant un gros plein de soupe et de millions à une arriviste bien foutue, ont abouti en général à la progéniture parfaite, puisque dotée du physique de maman et du compte en banque de papa. On ne gagne pas à tous les coups, certes, et pour peu que papa se fasse rouler par son homme d’affaires et que les gènes de maman n’arrivent pas à s’imposer, l’enfant peut également naître laid comme papa et pauvre comme maman. C’est ce qu’on appelle la malchance, mais je ne m’étendrai pas sur ce point. Je n’ai pas pris la plume pour vous décrire l’existence de gens pauvres et laids : primo, j’en ignore tout, secundo, ce n’est pas un sujet des plus réjouissants.
Vous savez, le monde est divisé en deux, il y a vous et puis il y a nous. C’est sibyllin, je vous l’accorde…
Je m’explique. Vous avez une famille, un job, une voiture, un appartement que vous n’avez pas fini de payer. Embouteillages, boulot, dodo, tel est votre lot si vous avez de la chance. Métro, ANPE, insomnie car problèmes d’argent pour les moins bien lotis. Votre avenir se résume à la répétition de votre présent. Vos enfants, s’ils se débrouillent, vivront peut-être dans 50 mètres carrés de plus et recouvriront de cuir les sièges de la Safrane familiale. Vous serez fiers d’eux. Ils vous amèneront les petiots en vacances dans la maison que vous achèterez dans le sud de la France une fois retraités et à bout de forces.
Vous êtes des bourgeois moyens, vous savez réparer une télé et madame fait bien la cuisine. Heureusement pour elle, sinon vous la largueriez pour la même en plus jeune, étant donné que cela fait vingt ans qu’elle vous fait le coup de la migraine. La dernière fois que vous l’avez touchée remonte au dernier match France-Italie, quand vous avez agrippé fébrilement son bras parce que la France marquait à trente sec de la fin. «Excuse-moi, chérie.»
Vous avez quelques soucis en ce moment; vous devez réparer la machine à laver, Jennifer s’est teint les cheveux en rouge et se révèle plus adepte des piercings que du catéchisme, Kevin a adopté un accent des banlieues des plus déplaisants. Tous deux sont médiocres, et laids. Ce doit être l’hérédité. Votre femme frustrée laisse intentionnellement traîner sur votre bureau des exemplaires de Men’s Health. Vous vous surprenez à rêver de votre secrétaire en string, de votre nièce en string, de tout le monde en string. Votre vie ne vous satisfait plus.
Cela pourrait être pire. Vous pourriez habiter un trois-pièces-cuisine en banlieue, sans télé et sans lave-vaisselle. La version avec télé serait pire encore, car vos six enfants la feraient hurler en permanence, en particulier pendant les émissions de real TV.
Vous pourriez vivre dans la rue.
Vous pourriez aussi être des nôtres…
Mais qui sommes-nous ? – HELL

Crédits Photos : Jalouse Magazine, novembre 2007 – Matthew Frost / Screenshot Dailymotion

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few

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