Il y a peu de temps, nous vous parlions de Damien Moreau, qui a avait quitté un job dans la pub pour se lancer dans la charpente. Aujourd’hui, autre parcours, autre projet : celui d’Arnaud Massin, qui a abandonné le secteur de la finance pour créer un coffee shop à l’alsacienne. Interview.

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Ton projet est particulier et ambitieux puisque tu as décidé de lancer un coffee shop alsacien. N’est-ce pas un peu risqué de se lancer dans quelque chose d’aussi pointu ?

En effet il est toujours ambitieux de se lancer, il a fallu une bonne prise de conscience pour se dire que peut-être que ça n’allait pas marcher comme je le souhaite. L’important est de savoir se retourner. Un jour je me suis simplement dit qu’on se trouve dans un pays où il encore possible de tenter des choses et de se planter sans tout perdre. Bien sûr je ferai tout pour que cela n’arrive pas !

En quoi marier la tendance du coffee shop à la tradition alsacienne est-il une révolution ? Et en quoi le Coffe Stub sera différent des autres coffee shops ?

Je me rapproche plus de ce que j’appelle les coffee places : ces lieux que j’ai pu fréquenter dans les pays nordiques, où une ambiance particulière se dégage à la fois intime et conviviale. J’ai voulu travailler les codes et traditions alsaciens de façon contemporaine en m’entourant de véritables artistes et créatifs rencontrés. En ajoutant à ce cadre de coffee shop disons-le plutôt Trendy, je proposerai des vins natures et de la bière de microbrasserie pour accompagner des petits plats sous forme de terrine. On est entre le coffee shop et le restaurant : c’est le Coffee Stub ! Bien sûr n’oublions pas le café, Ivan, le Barista du Coffee Stub sera là pour réaliser les différentes extractions en expresso ou méthodes douces si propices au développement des arômes du café.

Prévois-tu de développer ce concept, à travers un système de franchise par exemple ?

Non non, c’est marrant des gens m’ont demandé s’il s’agissait d’une franchise en voyant les visuels. Franchement, balancer Coffee Stub en Bretagne, pas sûr que ça fasse le même effet. Ici (en Alsace ) quand tu dis Coffee Stub, ça parle direct aux gens, ils sont curieux alors qu’ailleurs on te dit plutôt « à tes souhaits » D’ailleurs ils ont des bons torréfacteurs là-bas et de bonnes bières…Tiens tu me donnes une idée : lancer le Coffee Breizh ?

Quel a été le déclic pour passer de la finance à la restauration ?

La cuisine a toujours été une passion. Petit, je demandais à aller voir les cuisines des restaurants un peu comme un enfant demande à entrer dans le cockpit de l’avion. J’ai décidé comme beaucoup de ma génération de suivre des études supérieures afin d’ « avoir un travail convenable ». J’ai pu réaliser pas mal de choses en cuisine pour mon entourage, collègues. Je n’ai pas la prétention d’être chef, loin de là, mais je veux cuisiner. Le fait d’être dans un endroit pouvant accueillir un nombre limité de clients me permettra de dorloter ceux-ci avec des petits plats faits spécialement pour eux.

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Quelle a été la réaction de tes proches en apprenant que tu allais quitter un emploi confortable pour te lancer dans un secteur inconnu ? Et celle de tes anciens collègues ? 

C’est quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps, mais lorsque j’ai commencé à en parler de façon sérieuse, visiter des locaux, dessiner le concept, je pense que certains ne pensaient pas que j’irais au bout. C’est particulier de voir ta maman qui n’ose pas te dire qu’elle a super peur que ça ne marche pas, qui se fait du souci et tout d’un coup tu sens qu’elle est super fière, car les choses bougent, il commence à y avoir du contenu des visuels et un vrai projet : c’est magique.

Vu qu’on est entre nous, je te fais une confidence : il y’ a des moments où je n’ai pas cru en moi. Heureusement j’ai pu très bien m’entourer et faire évoluer ce projet au rythme des rencontres : spéciale dédicace à Céline coordinatrice du collectif BUTANE et directrice artistique d’EKTOR Studio qui m’accompagne depuis le début sur la partie archi c’est un peu la pierre angulaire de ce projet

Aujourd’hui je pense avoir mon entourage très proche qui me soutient à 200 % notamment ma copine, elle me donne la force pour avancer dans cette voie et doit surtout supporter les mêmes histoires en boucle vu que je ne parle que de ça. J’essaie de ne pas trop radoter, mais tu es obligé : tellement de choses se passent que tu ne sais plus ce que tu as dit à qui.

Concernant mes collègues, ils étaient en première ligne vu que j’ai quitté une boite qui allait devoir fermer pour peut-être exister sous une autre forme. Ainsi, nous étions tous sur la sellette et les collègues ont bien insisté sur le fait qu’il fallait que j’ouvre avant la fin de l’activité afin qu’ils puissent tous se retrouver chez moi pour un café, déjeuner voir privatiser ! Malheureusement cela va être difficile de tenir parole, car les travaux sont assez conséquents et donc, prennent du temps.

À quels défis as-tu été confronté ? On pense notamment aux problématiques financières que peut entrainer un changement professionnel comme le tien. 

Bien sûr j’ai longtemps prié pour apprendre que j’avais un oncle d’Amérique ! Non, plus sérieusement je pense que les défis ont été, et sont toujours tantôt ceux de la création d’entreprise, tantôt ceux de la restauration. Convaincre les banques, s’entourer de personnes compétentes que tu dois bien sûr payer pour leur expertise. Cibler les bons équipements et savoir les utiliser. Je parle de ça, car je suis en plein dedans, mais ce qui était frustrant sur ce projet fut les demandes d’autorisations : demandes compliquées et nécessitant des délais assez longs : je parle des notices de sécurité, des accès handicapés, des questions de copropriété, du bail, des autorisations, des architectes de France, etc. Mais ça fait partie du package et quand tu les as, crois-moi c’est la libération. Pourtant ce n’est que le début…

Ensuite tu as les défis excitants : ceux pour lesquels j’ai décidé de me lancer : créer des partenariats, échanger avec des créatifs de différents univers : autant le vigneron en vin natures, le maître brasseur, les torréfacteurs, architectes, producteurs, designers, céramistes. Là-dedans je m’éclate, mais il y’a du défi : les faire adhérer au projet afin qu’ils aient envie d’être là et qu’ils me proposent des choses intéressantes.

Ce changement de vie a été une source de crainte pour toi ou as-tu tout de suite été soulagé d’avoir trouvé un projet professionnel qui te convienne ? 

C’est effectivement une crainte quotidienne, heureusement contre balancée par l’excitation elle aussi quotidienne. Ce n’est pas tant le changement de vie qui me préoccupe, mais plus le fait de me dire « il faut que ça cartonne ! » sinon je retourne à mes tableaux Excel ! Je pense que si j’avais trop craint l’échec, je n’y serais pas allé : le contrôleur de gestion qui sommeille en moi ne l’aurait pas permis !!

Comment te sens-tu aujourd’hui vis-à-vis de cette reconversion ? Quel bilan en tires-tu ? 

Le bilan on le tirera une fois que j’aurai un peu de recul sur la véritable reconversion souhaitée. Aujourd’hui je me reconvertis en entrepreneur : ce n’est pas la casquette que je visais en priorité. Demain je cuisinerai et servirai des cafés aux Coffee Stubers à la méthode barista et là je devrais m’éclater. Je te propose de refaire cette interview dans 1 an !

Comment expliquer que de plus en plus de gens rêvent de changer de vie professionnelle ?

Je pense que beaucoup de personnes ont l’idée de se lancer dans un coin de leur tête ; de faire ce qu’ils aiment faire. Entre le penser et le faire, il y’a un monde plein d’embûches. Il y’a eu cette grande vague des auto entrepreneurs. Aujourd’hui on se rend compte qu’il n’est pas toujours évident de vivre de sa propre activité et beaucoup se remettent à chercher du travail ou alors conserve ce statut pour une activité complémentaire. Je pense faire partie d’une autre vague, celle des licenciés économiques qui décident de mettre à profit un licenciement à un moment donné, de se lancer moyennant plan de formation et apport financier. Sans cela je n’y serai pas allé, il faut être solide dans un tel projet et éviter de se saigner complètement financièrement.

Et pour aider Arnaud dans son projet, c’est par ici : http://www.kisskissbankbank.com/coffee-stub

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few

2 Réponses

  1. Raphael

    Très bon article !
    Les bonnes questions + les bonnes réponses ! Bravo !