Pour beaucoup, il est l’un des journalistes phares du Grand Journal de Canal+ et l’une des voix de France Inter. Mais au-delà de ça, Augustin Trapenard est un passionné de littérature qui brille par son envie de partager cette passion. Avec gentillesse et disponibilité, Augustin a accepté de répondre à nos questions. Rencontre avec un érudit.

Augustin rigole

Bonjour Augustin, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

L’Éducation Nationale ! Khâgne, Normale Sup, Agrégation et tout le tintouin – mais j’ai fini par faire preuve de désobéissance ! En écrivant des papiers dans la presse écrite, d’abord, au Magazine Elle et au Magazine Littéraire. Puis avec des chroniques à la radio, sur Nova et sur France Culture. Et enfin avec mes propres émissions, un été sur France Inter, trois ans sur France Culture et désormais tous les matins à nouveau sur France Inter. Parallèlement, j’ai fait un peu de télévision, sur France 24 et aujourd’hui sur Canal Plus. Ça paraît anarchique, mais en fait, mon parcours est celui d’un amoureux des livres qui a toujours voulu, par divers moyens, partager le plaisir de lire.

D’où vous vient cet amour de la littérature ? Et plus particulièrement de l’époque victorienne ?

Quand j’étais petit, dans le salon de mon grand-père, en Auvergne, tous les murs étaient recouverts de bibliothèques et chaque livre portait un autocollant vert, rouge ou bleu, selon s’il méritait d’être (re)lu. Tout petit, je me suis fait la promesse (non tenue) de lire tous ces livres. Pour ce qui est de ce tropisme anglophone, j’ai appris à lire et à écrire en Angleterre où j’ai vécu deux ans. Plus tard, vers l’âge de 12 ans j’ai lu le seul roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, que j’ai relu plus de cinquante fois depuis, qui a été l’objet de mes recherches à l’Université, et qui me hante encore aujourd’hui.

Écrire un roman, ça ne vous démange pas ?

Jamais – parce que je n’en ai ni le talent, ni l’urgence. Je ne suis pas un artiste, mais un lecteur. Je crois, par ailleurs, que lire et écrire sont deux choses bien distinctes – n’en déplaise à quelques figures de Saint-Germain-des-Prés… Le métier de journaliste consiste quand même à prendre un peu de distance, et il me paraît très compliqué de faire preuve d’honnêteté sur un roman publié dans sa propre maison d’édition ou par son propre éditeur…

De l’enseignement, vous êtes passé au journalisme, qu’est ce qui a motivé ce choix ?

La vérité, c’est que je suis parti étudier et enseigner aux États-Unis où j’ai connu d’autres formes et d’autres méthodes d’enseignement – qui m’ont beaucoup séduites mais dont je pense encore qu’elles ne sont pas applicables en France. Par ailleurs, j’avais besoin de respirer, de sortir de ce petit monde universitaire dont j’étais le pur produit pour aller voir ailleurs. L’idée, en revanche, était toujours de partager la littérature. C’est ainsi que je me suis tourné, petit à petit, vers le journalisme littéraire.

Photo Laure Culture 1

Parler de littérature à la télévision et la radio, est-ce une forme de démocratisation du livre à une époque où les gens lisent de moins en moins ?

Je ne suis pas certain que les gens lisent de moins en moins, à l’ère des SMS, des emails et des réseaux sociaux. Au contraire, nous vivons dans une époque saturée par l’écrit. Défendre la littérature, à mon sens, c’est défendre un art qu’on a tendance à mettre en sourdine, sans doute parce qu’il inquiète les discours préconçus. La parole de l’artiste, on a tendance à l’ignorer quand on ne la fait pas taire. Pour répondre à votre question, si je m’exprime volontiers dans des tribunes de grande écoute, à la radio et à la télévision, ce n’est pas pour démocratiser la littérature mais pour défendre sa place.

Les concours littéraires contestés, Frédéric Beigbeder qui affiche son dernier ouvrage en Une de Lui… Peut-on parler d’une « marketisation » de la littérature ?

Il ne faut pas oublier que la littérature est un marché comme les autres. Cette « marketisation » dont vous parlez était déjà présente au milieu du 19ème siècle, où les auteurs n’hésitaient pas à publiciser leur œuvre et leur personne. La vérité, c’est que le copinage, les coups de pouce et les coups bas au moment de la promotion d’un livre ne datent pas d’hier. Il faut prendre un peu de distance et toujours se souvenir qu’on ne ment pas au lecteur. Au final, c’est lui qui achète le livre, qui en parle à droite et à gauche et qui en assure le succès.

Aujourd’hui, un auteur à succès est-il obligatoirement un auteur qui maitrise les codes des médias ?

Pas forcément, et fort heureusement. Je pense à une Muriel Barbery, par exemple, qui n’a pas beaucoup communiqué et qui est même partie à l’étranger ! Encore une fois, il ne faut pas sous-estimer le jugement des lecteurs – et c’est la raison pour laquelle j’ai toujours été intéressé par les succès d’un Marc Lévy, d’une Katherine Pancol ou d’une Anna Gavalda, tous ces auteurs dits populaires que j’ai naguère invités dans mes émissions sur France Culture. Il est naïf et erroné, je pense, de croire que la marketisation de leurs livres est la seule raison de leur succès.

Selon vous, comment va évoluer la sphère littéraire dans les années à venir ? Va-t-on assister à l’avènement d’une « fast littérature » avec des romans de 140 caractères adaptables aux réseaux sociaux ?

Un roman de 140 signes, cela me paraît compliqué – mais je suis fasciné par les nouveaux horizons que le numérique a ouvert, en matière de littérature. La possibilité, par exemple, d’une écriture collective et instantanée où le lecteur peut intervenir à tout moment. L’émergence aussi d’une lecture tabulaire, et non plus linéaire, avec des renvois, des liens, des hypertextes. L’expérimentation, enfin, de nouvelles pratiques éditoriales – même si elles exigent d’être maîtrisées.

En cette rentrée littéraire, quels sont vos coups de cœur ?

Je suis frappé par la beauté du nouveau roman de Jean Védrines, Morteparole, chez Fayard. Un auteur dont j’aime tous les livres et qui ravive la langue française à chaque phrase. Sinon, L’Amour et les forêts d’Eric Reinhardt (Gallimard) m’a totalement bouleversé, de même que  Tristesse de la terre, d’Eric Vuillard (Actes Sud).

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few

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