Si la réponse à cette question semble évidente pour certains, l’urbex est pourtant assez confidentielle pour être obscure en France. Pourtant, de plus en plus d’explorateurs urbains sillonnent des endroits abandonnés et retranscrivent leurs expériences à travers des photos et des vidéos toujours plus consultées. Rencontre avec l’un d’entre eux, Despair, qui nous dit tout sur l’urbex.

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Despair, pour les profanes, peux-tu expliquer ce qu’est l’urbex ?

L’urbex est une activité qui consiste à chercher et visiter des endroits à l’abandon, c’est une contraction de « urban exploration ». Cela peut se pratiquer en  zone urbaine comme son nom l’indique, mais aussi à la campagne. On explore et on immortalise ça en prenant des photos qui retranscrivent au mieux l’ambiance des lieux que l’on trouve.

Comment as-tu découvert l’urbex et pourquoi est-ce devenu une passion ?

Quand j’étais gamin, j’aimais déjà aller dans des maisons abandonnées. On s’amusait à se faire peur avec les copains ! À la fin des années 90, j’ai fréquenté le milieu des raves, on parcourait des milliers de kilomètres à la recherche d’endroits originaux pour organiser nos soirées dans des usines désaffectées ou des vieilles villas. Je pense que ma passion est partie de là. Plus tard je suis tombé par hasard sur le Net sur des photos urbex. Du coup je me suis dit que je connaissais plein d’endroits à l’abandon et que je pouvais peut-être partager mes trouvailles en y faisant des photos !

Comment organises-tu tes expéditions ? Prépares-tu un équipement, de plans ? Explores-tu par exemple seul ou en groupe ?

J’explore en général seul, pour une question de discrétion. Quand je dois faire de la route, je passe en général par les petites départementales plutôt que l’autoroute, ce qui me permet de faire un premier repérage. Si je trouve quelque chose qui semble intéressant, je me sers de Google Maps pour me donner une idée sur les moyens d’y accéder. J’y retourne ensuite avec une bonne paire de chaussures, mon appareil reflex, un objectif grand-angle et un trépied. Je me limite sur l’équipement, car souvent l’accès n’est pas très aisé, pas besoin de se trimballer avec trop de matériel.

Quel est le site le plus insolite que tu aies exploré ? Et quel est celui que tu rêverais d’explorer ?

Un de mes meilleurs souvenirs d’exploration est une villa d’architecte des années 70. Une grande maison moderne au look très art déco. Rien n’avait bougé depuis son abandon au début des années 2000, tout était très poussiéreux, mais parfaitement conservé. Les bibelots, les meubles étaient toujours à leurs places, c’était comme si ses habitants étaient partis à la hâte en laissant tout sur place.
Prypiat est un endroit que j’aimerais vraiment visiter, une ville de 20.000 habitants qui a été abandonnée du jour au lendemain suite à la catastrophe de Tchernobyl. Ça doit être assez exceptionnel à voir, surtout que depuis la nature a repris ses droits là-bas ce que donne un paysage très particulier !
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Comment expliquer la passion de l’urbex ? Est-ce une manière de se sentir privilégié quand on visite des lieux interdits ou tout simplement le plaisir de visiter une ville autrement ?

J’ai toujours été très curieux, quand je vois un panneau « entrée interdite », je n’ai qu’une envie c’est d’aller voir ! C’est surtout le coté exploration et infiltration que me plait, parcourir la route à la recherche d’endroits insolites et oubliés. Chercher une possibilité pour y entrer sans se faire remarquer et surtout sans effraction. C’est une sensation assez unique quand je me retrouve à l’intérieur. L’impression que le temps s’est arrêté, s’imaginer l’histoire du lieu que je visite.

Certains parlent de vide juridique quant à l’urbex. Qu’en est-il exactement ? Le risque ne fait-il pas finalement partie du jeu ?

Tenter de pénétrer dans un endroit interdit d’accès est forcement risqué. Je n’ai personnellement jamais eu de souci, mais je connais des personnes qui ont fini en garde à vue après leur exploration avec les gendarmes qui les attendaient à la sortie. Après il n’y a pas trop à s’inquiéter si on ne ramène pas de souvenir et qu’on ne casse pas un carreau pour rentrer sinon ça devient un cambriolage avec effraction aux yeux de la loi. Même si un endroit semble abandonné, il appartient quand même à quelqu’un donc si un voisin vous voit, il y a de fortes chances qu’il contacte la police. D’où l’intérêt d’être le plus discret possible.

Il semble que l’urbex soit beaucoup plus développé dans les pays anglo-saxons. Qu’en penses-tu et comment expliquer ce « retard » en France ?

Je ne pense pas qu’il y est vraiment de retard chez nous. Nous avons la chance en France et en Europe d’avoir une histoire très ancienne contrairement aux Américains par exemple. J’ai déjà visité des châteaux qui sont vieux de 300 ans chose qui n’existe pas aux États-Unis. Il y a un potentiel énorme en Europe, beaucoup des plus beaux endroits sont en Belgique ou dans les pays de l’Est.

Selon toi, comment l’urbex va-t-il se développer dans les années à venir ?

La sur-communication et l’effet de mode ont eu raison de beaucoup de lieux qui sont restés longtemps uniquement entre explorateurs. On trouve la localisation sur internet en quelques clics, ce qui fait que des gens avec de mauvaises intentions peuvent facilement y accéder. J’ai vu des spots partir en cendres alors que personne ne les connaissait un an auparavant. Pillage, dégradation volontaire, tags de mauvais goût, les exemples sont nombreux. C’est d’ailleurs pour ça que les vrais explorateurs ne communiquent jamais sur les lieux qu’ils visitent. Et c’est bien mieux comme ça !

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few

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