Si beaucoup l’ont connu à travers le Grand Journal de Canal+, Vincent Glad est aussi journaliste pour Slate, GQ… Mais aujourd’hui, c’est nous qui l’interrogeons pour discuter de sa nouvelle ville d’adoption : Berlin. Et quand il nous en parle, on n’a qu’une seule envie : prendre un avion pour y aller et vite ! Rencontre avec Vincent, qui nous parle de ses lieux préférés et de la vie berlinoise.

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Hello Vincent, peux-tu nous parler de ton parcours ?
Je suis journaliste depuis huit ans. Après avoir fait l’école de journalisme de Lille, je suis passée par diverses rédactions comme 20 Minutes, Slate… En 2012, j’ai été embauché par Canal+, au Grand Journal, pour la campagne présidentielle. J’y suis resté un an et demi. J’ai ensuite décidé d’être indépendant. Je suis resté un an à Paris, avec l’envie de partir à l’étranger afin de profiter de cette liberté nouvellement acquise.

Depuis combien de temps vis-tu à Berlin et pourquoi avoir choisi cette ville ?

Depuis 3 mois, je vis à Berlin où je continue à écrire pour la presse française. Cette ville est un très bon compromis entre une grande métropole avec une grande offre culturelle et une petite vie provinciale, loin du stress parisien. Berlin est une très grande ville, mais à taille humaine. En changeant de rue, tu passes d’une grande artère invivable à un petit quartier mignon, les Kiezcomme ils disent ici, où tu as envie immédiatement de te prendre un appart en location.Berlin est une ville qui semble construite pour les mecs de mon âge – 29 ans – qui s’offrent un petit Erasmus sur le tard. Ici tout le monde semble avoir entre 25 et 35 ans et avoir exactement le même job aux contours un peu flous, le fameux « freelance ». C’est un peu la version pour jeune de ces retraités qui partent vivre au Portugal parce qu’il y a plus de soleil et moins d’impôts. Niveau soleil, à Berlin, ça se discute. Niveau impôts, aussi (on n’est pas si mal servi en France). Mais la qualité de vie est supérieure à Paris, simplement parce que la densité de population est beaucoup plus faible. Paris est dix fois plus petite que Berlin, avec deux millions d’habitants à Paris contre trois millions à Berlin. Faites le calcul… Le coût de la vie y est aussi très inférieur aux grandes capitales européennes, même si l’arrivée massive d’expatriés a fait sensiblement monter les prix ces dernières années et que les salaires berlinois sont très inférieurs aux standards parisiens. Mais Paris a aussi plein d’avantages que Berlin n’a pas, j’y suis toujours très attaché.

Pour toi, quelle est la différence fondamentale entre Berlin et une ville comme Paris ?

La densité, comme je disais ! Les nouveaux lieux qui ouvrent à Paris sont toujours beaucoup plus petits qu’à Berlin. Ce serait bien qu’à Paris, on puisse enfin mettre en place le Grand Paris pour désenclaver la ville. Le périphérique est une véritable une barrière psychologique, pour y vivre ou simplement pour sortir le soir. Quand un ami annonce qu’il fait sa crémaillère en dehors du périphérique, c’est toujours un peu la panique sur l’event Facebook. Bloqué par ses murs d’enceinte, Paris a logiquement plus de mal à évoluer par manque de place intramuros. Même si j’ai l’impression que les choses commencent à bouger de ce point de vue là, et qu’il y a de plus en plus de soirées cools dans la petite couronne.À Berlin, la banlieue n’existe pas, ça s’appelle encore « Berlin ». Du coup, la ville bouge sans cesse, à un rythme étourdissant pour ceux qui y vivent depuis longtemps et qui voudrait garder la ville qu’ils ont connue auparavant. Tous les ans, il y a un nouveau quartier cool qui émerge: c’était Neukölln il y a quelques années, maintenant on parle de Wedding ou de Moabit. Avant que la gentrification ne vienne à bout de Berlin (et il ne faut vraiment pas le souhaiter), il faudra vraiment encore de nombreuses années.

Quel est ton quartier préféré à Berlin et pourquoi ?

Les quartiers sont très importants à Berlin, quand tu rencontres quelqu’un, il y a toujours un moment où il te demandera où tu habites. Comme si ça définissait la personne. En ce moment, je vis à Prenzlauer Berg, quartier autrefois à la mode, devenu maintenant le paradis de la poussette et des jeunes mères de famille déprimées par leur congé mat de 2 ans. Je sens toujours une petite gêne chez mon interlocuteur quand je l’évoque. En tout cas, mes deux quartiers préférés restent Kreuzberg et Neukölln, une réponse absolument pas originale, désolé. Même s’il faut s’entendre sur la définition d’un quartier: Kreuzberg fait la taille de cinq arrondissements parisiens ! C’est comme si je disais que mon quartier préféré à Paris était le Nord-Est…Kreuzberg et Neukölln sont à l’origine deux quartiers à la forte identité turque, qui ont connu ces dernières années une gentrification aussi radicale qu’à Brooklyn. Tout le monde dira que c’était mieux avant. Sans doute, je n’y étais pas. Mais ça reste des quartiers géniaux pour y vivre, avec une incroyable densité de restos, cafés et bars qui mettent à mal la productivité de tout freelance normalement constitué. Accessoirement, on y mange les meilleurs kebabs du monde et le canal qui traverse le quartier, sorte de version sauvage et punk du Canal Saint-Martin, est un endroit magnifique pour y boire quelques bières. Et comment ne pas parler de Tempelhof, l’aéroport abandonné qui borde Kreuzberg et Neukölln ? Tout Berlin est résumé ici. Un immense aéroport ferme en pleine ville en 2008. Qu’est ce que Berlin va en faire ? Rien. Juste un immense terrain de jeu réapproprié par la population, qui y fait du vélo, du footing, du roller ou des barbecues. La municipalité a quand même essayé d’en faire quelque chose, de construire des bâtiments pour rentabiliser ce formidable espace. Mais les Berlinois ont voté en masse contre cette proposition lors d’un référendum en mai dernier. Je trouve ça magique, ce lieu livré aux habitants où la ville ne gagne pas un seul euro. Le miracle berlinois.

Et si tu devais choisir un lieu dans la ville ?

J’aime beaucoup le Spreepark, un parc d’attractions abandonné, typique de Berlin où il y a une culture de la visite (illégale) de lieux abandonnés. Le parc a fermé du jour au lendemain il y a environ dix ans, en faisant faillite. Avant qu’une partie du parc ne brûle en août, on pouvait facilement le visiter (en se faisant poliment raccompagner à la fin par un vigile). C’est vraiment incroyable à voir. Tout est encore en place: la grande roue continue de tourner avec le vent, les pédalos sont toujours posés dans l’eau. Un autre lieu incroyable maintenant que Spreepark est barricadé: la piscine Blob, un grand parc aquatique abandonné à Neukölln, qui n’est pas encore très connu et qui n’est donc pas encore trop abîmé.

On dit que Berlin est nouvelle place to be culturelle. Est-ce un avis que tu partages ? Qu’est-ce qui fait que la ville soit aussi dynamique ?

Encore une fois l’espace ! Il permet d’être plus créatif, sans aucun doute. Cela tient aussi à l’histoire de la ville. Après la chute du mur, Berlin Est était une zone en ruine, déserte et il y a toute une scène créative qui s’est créée dans ces lieux abandonnés. La vie culturelle berlinoise est tirée par la scène électro qui est née dans les ruines de Mitte, quand le mur est tombé. Il y a aussi une vraie tradition de squats artistiques, même si beaucoup ferment comme le fameux Tacheles qui vient d’être revendu à des investisseurs pour 150 millions d’euros. Le souci pour la scène culturelle de Berlin aujourd’hui, c’est qu’il y a de moins en moins de ruines !

Art, musique, design… Selon toi, comment les berlinois abordent-ils la culture ?

Je n’ai pas encore assez de recul pour voir s’il y a une grande différence avec la France. Ce qui est par contre très différent, c’est la culture de la fête. Berlin ne dort jamais. Les clubs ouvrent le vendredi à minuit et ferment le lundi matin, comme si le week-end était une seule et même soirée. Le climax du week-end est étonnamment le dimanche. Il est assez fréquent de voir des gens se lever tôt le dimanche matin pour aller bruncher et ensuite aller en club ! Ce qui rend la journée du lundi assez peu propice à la productivité dans certaines start-ups.Autre caractéristique berlinoise, mais peut-être bien plus largement allemande: les open-airs. Tout est open-air à Berlin (c’est-à-dire en extérieur): les soirées, le cinéma, les diffusions de matchs de foot et même de la série Tatort (leur Derrick local, grand-messe du dimanche soir). Je ne sais pas comment ça se passe en hiver, mais vu les plaids qui sont déjà installés sur toutes les terrasses, j’imagine qu’ils poussent le délire de l’open-air assez loin dans la saison.

Quel est le lieu culturel incontournable – et peu connu des touristes – à Berlin ?

Je dirais le Klunkerkranich, un rooftop de Neukölln, où ont souvent lieu des événements culturels. C’est un lieu qui commence à être très connu de la faune berlinoise, mais qui est difficile à trouver pour un touriste. Quand j’ai voulu y aller la première fois, je n’ai trouvé aucune indication sur Internet pour y aller. Car c’est un vrai casse-tête pour y monter, on te donne juste l’adresse d’un immense centre commercial, qui ressemble à tout sauf à un lieu cool. Il faut donc trouver le bon ascenceur, le bon étage, traverser un parking glauque pour enfin y arriver. Sinon je recommanderais la Badeschiff, la magnifique piscine posée sur la rivière Spree, qui est un lieu incontournable en été, avec de nombreux DJ qui y jouent.

Pour conclure ? 

Je suis assez amusé de cette excitation dans la presse internationale, notamment américaine, autour de la notion de « nouveau Berlin ». À force de proclamer que Berlin est une des villes les plus cools du monde, les journalistes finissent par le trouver trop mainstream et cherchent le futur « Berlin » (devenu au passage un nom commun), c’est-à-dire une ville qui a tiré profit de sa relative pauvreté pour bâtir une puissante scène culturelle alternative. On parle souvent de Varsovie, Budapest, Riga ou Leipzig. Je suis assez curieux d’aller visiter ces villes et voir si c’est possible d’être plus « Berlin » que Berlin.

 

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few

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