L’arrivée de l’automne annonce le retour des Foires au vin, l’occasion pour nous de revenir sur un sujet qui nous cher et qui est de plus en plus médiatisé : le vin. Il y a peu, nous avons interviewé Gabrielle Vizzavona, une des plus prometteuses oenologues de sa génération. Il a quelques mois, nous avons interrogé Laura Vidal, sommelière et créatrice du Paris Popup. Aujourd’hui, nous avons voulu interroger quelqu’un comme nous, comme vous, dont le métier n’est pas lié au vin, mais qui en est passionné. Rencontre avec Maggy Chabance, amatrice de vin.

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Comment est née ta passion pour le vin ? Est-ce une passion familiale ?

C’est clairement une passion familiale, et c’est d’ailleurs dans le cercle familial que mon amour pour le vin est né.

Ma mère, qui a pris des cours d’œnologie, et qui s’est constitué une très belle cave au fil des années, nous a initiés relativement jeunes, mon frère et moi. Elle avait à cœur de nous faire le palais, qui s’est construit avec le temps.

Je parlerais presque du vin comme d’un art de vivre dans ma famille : difficile de nous retrouver sans un bon verre de vin à la main, que ce soit pour l’apéritif ou pour le dîner. Et au restaurant, ce n’est pas mon père, mais ma mère qui choisit et goûte le vin, ce qui a le don de surprendre certains sommeliers. Mais un peu moins que dans le passé, comme l’on voit de plus en plus de femmes sommelières ou connaisseuses. Ce n’est plus l’apanage des hommes.

Que représente le vin pour toi ? Peut-on dire que c’est une valeur refuge ?

Pour moi, le vin représente tout simplement le meilleur des breuvages alcoolisés, l’alcool noble par excellence. Pas tant pour le coût qu’il peut représenter, mais dans la façon de le déguster. Il est synonyme de convivialité, de fête et d’ivresse.

L’ivresse du vin est unique, et sans nécessairement parler d’ivresse, qui n’est bien évidemment pas une fin en soi, c’est le bonheur de le boire, les conversations qui l’accompagnent, le contexte dans lequel je le déguste qui me le font tant aimer. C’est d’ailleurs le seul alcool que je suis capable de boire seule chez moi. J’apprécie regarder un bon film avec un bon repas et un bon petit verre. C’est un sentiment de plénitude absolu.

Pour ce qui est de la valeur refuge, si tu en parles au sens valeur sûre / investissement du terme, comme peuvent l’être l’immobilier, l’or ou la terre par exemple, oui il est clairement une valeur refuge, le vin pouvant être un investissement sur le long terme. Certaines personnes se constituent en effet de très belles caves sur des décennies entières, pour au final avoir une collection inestimable de flacons. Et d’ailleurs, la terre étant considérée comme une valeur refuge par certains, le vin est, à plus forte raison, une valeur refuge puisque le vin provient de la matière brute qu’est le vignoble. Ainsi, certains préfèreront investir dans des vignobles plutôt que dans des bouteilles, mais j’ai du mal à croire que dans ce sens-là l’un ne va pas sans l’autre (on peut investir dans une cave sans investir dans un vignoble, mais dès lors que l’on investit dans un vignoble, on aura nécessairement les flacons qui vont avec).

En ce qui me concerne, je n’en suis pas du tout à ce stade, n’étant même pas aux prémisses de la constitution d’une cave que je pourrais conserver. Mais cela fait partie de mes projets !

Si tu parles de valeur refuge au sens réconfort du terme, oui je peux également parler de valeur refuge. Le vin est alors une sorte de zone de confort dans laquelle j’aime me retrouver en présence de mes amis, lorsque je ressens l’immense plaisir que me procure le contact gustatif d’un beau vin soyeux.

Le vin est-il une passion de luxe ?

Ça peut l’être bien sûr, quand l’on voit le prix que certains mettent dans des ventes aux enchères pour des grands crus millésimés. Mais pas nécessairement.

Évidemment, si l’on achète des cubis de supermarché et des verres en plastique (sacrilège), le vin n’a dans ce cas que très peu à voir avec le luxe. Par contre, sans tomber dans les excès, si l’on fait de la dégustation du vin un art de vivre, par exemple en mettant un point d’honneur à ne boire le vin que dans des verres à vin (ce qui est mon cas), cela contribue déjà à en faire un produit un peu plus haut de gamme, un produit de « luxe moral » (et pas uniquement pécunier). J’ai tendance à penser que ce qui fait le luxe d’un produit vient également de la façon dont on le consomme et de la valeur qu’on lui donne.

Alors, il est certain que pour les amateurs qui boivent du Château Pétrus, Cheval Blanc et compagnie, oui, c’est une passion de luxe. Mais comme l’a toujours dit ma mère, les vins les plus appréciables ne sont pas forcément ceux qui sont les plus chers et ce ne sont pas ceux-là non plus qui procurent nécessairement le plus de plaisir.

Et puis, pour ma part, je ne suis bien évidemment pas contre boire un excellent flacon, mais c’est comme tout, il faut savoir le consommer avec modération. Si l’on va tous les soirs dîner dans un restaurant gastronomique, c’est formidable au début, et après on finit par se lasser, par avoir un « trop plein » de haut de gamme. C’est pareil pour le vin. Il est important de savoir apprécier des breuvages un peu plus modestes et simples (et non simplistes), mais qui vont se révéler d’aussi bonne qualité.

Et il sera toujours possible de trouver du vin excellent, qui sort de l’ordinaire, pour des prix tout à fait abordables. À Paris, nous avons la chance d’avoir des cavistes à tous les coins de rue, qui changent régulièrement leurs sélections, et qui ont à cœur de faire découvrir des vins de qualité, insolites, faits avec passion par des producteurs peu connus. Tout cela pour une dizaine ou quinzaine d’euros.

On a le sentiment que le vin s’est démocratisé, notamment auprès des plus jeunes qui s’y intéressent de plus en plus, au travers des box par exemple. Qu’en penses-tu ?

Je trouve cela très bien que les jeunes s’y intéressent. L’art de la dégustation du vin n’est pas aisé, j’ai moi-même énormément à apprendre et comme je vous le disais, je suis plus une amatrice qu’une connaisseuse.

Mais pour ma part, il y a quand même un « rituel » autour du vin. C’est un produit de qualité, un alcool noble comme je disais. Donc si les jeunes s’y intéressent juste pour se « mettre minable » en soirée, je trouve cela un peu dommage, car personnellement, je ne peux pas boire du vin dans n’importe quelle circonstance. Mais ce n’est bien sûr que mon opinion tout à fait personnelle, et chacun fait ce qu’il veut.

En tout cas, si l’on est dans une démarche de découverte, il me semble important de continuer à démocratiser le vin en le faisant découvrir aux initiés. Cela se fait par étape. On ne commence pas son initiation au vin par un bordeaux bien tannique. C’est le dégoût assuré.

Et pour cela, il y a effectivement des entreprises qui proposent des box pour découvrir le vin. Je pense à une en particulier qui, moyennant un abonnement mensuel, vous propose de vous faire découvrir deux vins par mois. Je trouve cela génial.

Le vin n’est plus seulement une exclusivité française, chaque pays a maintenant son vin. Que penses-tu des vins étrangers ? Selon toi, leur développement sur le marché français est-il un effet de mode ou une vraie tendance lourde ?

Je ne sais pas si le vin a jamais été une exclusivité française, mais il est vrai que c’est l’un des plus réputés, la France étant un très gros producteur qui offre des vins superbes. Néanmoins, il y a du vin exceptionnel partout dans le monde, et il faut clairement importer plus de vins étrangers et les faire découvrir, car il n’y a pas que le vin français.

Alors il y a d’autres pays qui sont déjà très connus pour leur production, comme l’Italie bien sûr, l’Espagne ou encore l’Afrique du Sud. Mais il y a d’autres pays, beaucoup moins connus, qui gagnent à être connus pour leurs vins, comme la Hongrie. Je ne parle pas du Tokay, que tout le monde connaît déjà, mais je parle de vins peu connus, avec des cépages différents des nôtres. Quand nous étions à Budapest en famille, nous avons découvert que la Hongrie est un vrai pays de vins, qui fait des choses extraordinaires. Je ne peux qu’encourager les amateurs à découvrir les vins hongrois.

Donc pour résumer, j’espère que le développement des vins étrangers sur le marché va perdurer, car il a énormément de choses à découvrir. Peut être est-ce un effet de mode, mais je n’aime pas parler de tendance lourde lorsqu’il s’agit d’importer des produits de qualité venant d’ailleurs. Nous sommes en France, et le vin français aura toujours le monopole sur notre territoire, mais il me semble important de laisser un peu de place aux autres. Et si les vins étrangers s’importent de mieux en mieux en France, c’est précisément parce qu’il y a une vraie demande en ce sens.

Enfin, peux-tu nous décrire le vin idéal ?

Pour ma part, il est rouge, rond en bouche et gouleyant, aux tanins délicats. Il est éventuellement accompagné de bons produits, mais surtout, surtout, c’est celui qui se boit en bonne compagnie

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few