Un peu d’histoire aujourd’hui sur Spanky Few. Les objets usuels que nous utilisons aujourd’hui ont été les innovations d’hier. L’aquascooter de Bernd Boettger en est une.

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À Berlin, l’été 1961, alors que le monde ne connaît pas encore les Beatles, se dresse le « Mur de la honte », privant les habitants de l’est de tout mouvement vers l’ouest de la ville. Les soviétiques empêchent ainsi toute migration de leur population Est-Berlinoise vers l’Ouest et cèlent les 28 prochaines années de ceux qui se trouvaient alors du « mauvais côté du mur ».

Cette zone de séparation a été le théâtre de bon nombre de tentatives d’évasion vers le monde meilleur. Courageux, parfois farfelus, les Allemands de l’Est ont développé des stratagèmes variés tant le franchissement de la frontière à même le mur était quasi-impossible. De la dissimulation d’une fiancée dans une valise à l’échappée familiale en ballon, on peut dire que les résidents de l’Est ont fait preuve d’imagination. La frontière des deux Allemagne, dans les terres, s’étend au nord du pays jusqu’à la mer Baltique où de nombreuses tentatives d’évasion y ont également été menées. Les nombreuses patrouilles, les basses températures et le zèle des garde-côtes ont souvent eu raison des téméraires.

Le 7 juillet 1967, Bernd Boettger, féru de sport et ingénieur de profession, tenta de s’échapper par la mer Baltique à la nage. Il fut rapidement repéré par les garde-côtes et ramené au pays. La Stasi (police secrète redoutée de la RDA) choisit de l’épargner d’un destin tragique car sa profession faisait de lui un homme précieux pour la République Démocratique Allemande. Bernd garda au plus profond de lui son désir de liberté afin de tenter de nouveau de le réaliser une année plus tard, avec cette fois-ci, aucun droit à l’échec.

C’est alors qu’il mit au point le tout premier scooter aquatique. Avec ses compétences d’ingénieur et sa pugnacité, il dessina et réalisa un moyen de se faire tracter sous la surface de l’eau, loin des côtes de l’Allemagne de l’Est. À la base du système, un moteur à essence en deux temps récupéré sur un vélo ainsi qu’un contenant cylindrique en guise d’échappement, faisant également office de flotteur. Il se fit expédier une combinaison par sa tante résidant à l’Ouest et se fabriqua un tuba. Enfin, en s’accrochant à un cadre métallique auquel fut fixée l’installation, il fit en sorte d’ être tracté sous l’eau à la vitesse de 2 nœuds (près de 4 km/h).

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Bernd se rendit le 8 septembre 1968 sur la côte, une valise de plage à la main contenant son invention. Il n’avait bien entendu jamais pu la tester, ce qui ne lui laissa pas le choix : le scooter aquatique devait fonctionner dès sa première mise à l’eau. Sans cela, la Stasi l’interceptant une seconde fois lors d’une tentative d’évasion aurait sans doute écourté considérablement son existence. En lestant son corps de 12 livres (environ 5 kg) afin d’être maintenu sous la surface, il prit la mer en direction de la Suède, à très faible allure, se frayant un chemin parmi bateaux et projecteurs qui peuplaient alors les côtes allemandes.

Balayé par les courants, Bernd termina son épopée miraculeuse au large du Danemark où il fut sauvé, après 25 km parcourus accroché à sa machine sous-marine.

Par la suite, le scooter aquatique de Bernd Boettger fit l’objet d’une adaptation commerciale (AquaScooter) et même d’une application militaire. L’objet joue même un rôle décisif dans un film de la saga James Bond.

Le prix de la liberté s’éleva ce jour-là à 50$, somme totale de ce que coutèrent les matériaux à Bernd.

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Sources visuelles : www.hisutton.com, storksandwolves.wordpress.com, aeschne.wordpress.com

A propos de l'auteur

Eugénie Goloschapov

Chroniqueuse Innovation & Tech