Le photographe Christophe Poyer s’illustre en ce moment dans une belle exposition consacrée à New York, une ville qui lui a redonné l’énergie de reprendre son appareil photo après une « période de sécheresse ». Pour Spanky Few, il évoque sa passion pour l’image, entre crainte et envie. Présentation.

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Christophe, peux-tu nous parler de ton parcours et de ton rapport à l’art en général ?

Mon parcours a débuté par la musique, omniprésente dès mon enfance : à la maison, c’était le réveil matin : ça pouvait être les Beatles, du disco, des marches militaires, ou la variété française, classique… tous les styles y passaient, une ambiance sonore permanente qui a façonné mon oreille. Ensuite, j’ai été très vite attiré par le cinéma. J’avais tapissé ma chambre avec ces photos extraites de films que l’on voit à l’entrée des cinémas.

Cet univers riche et éclectique a alimenté mon imaginaire au quotidien et m’a poussé naturellement vers l’envie de créer mon propre univers via la musique et c’est comme ça qu’à 14/15 ans j’ai commencé à apprendre la guitare en autodidacte.

Mon rapport à l’art est du même « terroir » : autodidacte au début, basé sur les sens, la perception immédiate d’un média. J’ai eu la chance de faire des Rencontres qui m’ont éclairé et permis d’enrichir mes besoins créatifs. Et mon rapport prédominent à l’art est celui-ci : le besoin créatif.

Tu as commencé comme musicien avant de passer à la photo. Qu’est-ce qui a provoqué ce changement de cap ?

L’ambiance musicale est très importante. J’entends par là la force avec laquelle une musique transmet une situation, un état d’esprit… Je suis très touché par ces musiciens qui transmettent leur vécu, leurs anecdotes de vies à travers la musique. À mon sens, ils apportent une identité musicale propre, authentique… une ambiance unique. La musique de film est très proche de tout ça pour moi. Des compositeurs tels que Gabriel Yared, Michael Nyman, Danny Elfman, mais aussi les ambiances musicales des films de Jarmush, Cassavetes, Cronenberg et j’en passe, m’ont beaucoup inspiré, imprégné… Tout cela générant de l’imaginaire sonore certes, mais aussi visuel.

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D’où vient cette passion pour la photo, pour l’image ?

C’est une passion qui est venue sur le tard. Comme je te le disais tout à l’heure, l’image-film a bercé mon enfance. J’habitais dans une cité difficile de la région parisienne et cette ambiance extérieure qui m’a aussi inspiré, qui a généré de la créativité était parfois lourde et le cinéma et la musique ont permis d’alimenter un besoin d’ailleurs. J’ai décidé assez jeune de mettre les voiles, d’aller voir autre chose et de fil en aiguille, je suis parti vivre à Londres en 1999. C’était une autre culture, une autre langue, une nouvelle architecture, tous ces nouveaux visages…c’est à ce moment que la passion photographique est née, j’avais 30 ans…

Tu nous as raconté que tu n’avais pas pris de photos pendant des mois et qu’en arrivant à New York, tu avais ressenti l’urgence de capturer la ville. Comment expliquer ce sentiment ?

Oui… J’étais à sec ! Un Sec créatif !

Je pense que l’arrivée de mes enfants en est la source. Des jumeaux pour commencer une vie parentale, c’est chaud et ça a demandé un changement radical de mon style de vie. Je me suis consacré à eux les premières années tout en continuant à photographier, mais l’essence créatrice s’est tarie au fur et mesure du quotidien. Je suis arrivé à ne plus avoir d’appareil photo…

Et puis après quelques voyages dans les capitales européennes, l’idée de New York s’est présentée.

Une des villes les plus photographiées du monde, certes, mais surtout un océan à traverser et étant très imprégné de culture musicale et filmographique américaine, c’était le voyage à la source de tout cela. J’ai loué du matériel photo et intrinsèquement, profondément je me suis juré que rien ne pourrait m’empêcher de faire les photos que je veux. J’entends par là d’aller au bout de mon besoin sensuel de photographier ce qui me touchait, m’inspirait à l’instant T. Une vraie boulimie s’est développée et j’ai découvert une nouvelle façon d’appréhender mes photos. Plus viscérale, plus attentive.

J’ai découvert pendant ce voyage que ce qui me touche le plus ce sont les gens, leur vie… J’ai essayé de percevoir leur quotidien. Dans une ville comme New York, l’ambiance est très forte et je me suis laissé imprégner par cette atmosphère.

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Qu’as-tu ressenti en reprenant ton appareil ? De la crainte ou au contraire un sentiment salvateur ?

Un peu de crainte, oui, d’un point de vue technique, dextérité. Comme un musicien qui n’a pas parcouru le manche de son instrument depuis des mois, mais le plaisir de tenir à nouveau mon « instrument » dans les mains a tout surpassé. Je shoote avec du Nikon depuis le début et pour partir j’ai loué un D810. Je ne connaissais pas ce boitier, mais la rencontre s’est bien passée ! Je ressens un vrai parallèle entre un instrument de musique et un appareil photo, peut-être pas au point de dormir avec mon boitier comme j’ai pu dormir avec ma guitare, mais l’aspect sensuel de ce rapport est réel.

Donc oui un énorme plaisir de retrouvailles !

Comment expliquer que l’envie peut s’enfuir à un moment et réapparaitre soudainement ?

Je croyais (et je parle pour moi) qu’il fallait être vigilant, attentif dans le bon sens du terme à son « réservoir » créatif. Qu’il était vital de l’alimenter régulièrement afin de disposer d’inspiration. Le fait est que l’Envie en dispose. C’est ce que j’ai appris après cette période de sécheresse.

Aujourd’hui, crains-tu que cette envie s’échappe encore ou es-tu préparé à ce que cela puisse arriver ?

Il se peut que cela arrive à nouveau… Très bien… J’y suis mieux préparé !

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Après cette série dédiée à New York, quels sont tes prochains projets ?

Après cette exposition à Paris, j’aimerai que cette série vive dans d’autres galeries. Peut-être qu’elle vienne dans le sud à Nice où je vis, ou alentours. En tous cas qu’elle vive !

J’ai terminé un reportage dans ma région sur une usine de retraitement des déchets. Pas très glamour, mais extrêmement intéressant. J’ai voulu photographier leur quotidien : les 3/8, les produits chimiques, la poussière, leur capacité de savoir qu’ils font un travail nécessaire : cette usine permet à plusieurs milliers de foyers à proximité d’obtenir électricité et chauffage.

Ensuite, je souhaite créer un projet autour du travail du personnel humanitaire, un reportage sur le moyen long terme. Photographier ces quotidiens confrontés à leur situation contextuelle.

Pour retrouver le travail de Christophe Poyer, c’est par ici.

Exposition actuelle chez 6t

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few