Croiser Tamara Jullien, c’est rencontrer un paradoxe. Celui d’un petit bout de femme très discret. Mais capable de rire à gorge déployée à une plaisanterie. Travaillant dans un grand groupe français, mais couplant cette activité très concrète avec un art de la photographie délicat et emprunt de nostalgie. Présentation.

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Quand on te connait un peu, tu donnes l’image de quelqu’un de très discret, voire timide… La photographie est-elle pour toi un moyen de t’exprimer en contournant ce trait de caractère ?  

Très timide petite, au point que j’osais à peine dire mon prénom. Heureusement, c’est passé avec le temps. La photographie c’est surtout un instrument d’expression qui fait passer souvent plus que les paroles. Le photographe Christopher Anderson l’exprime très bien : « The act of photography is part of my interface with the world. It is part of how I explain the world to myself. My photography is fundamentally about my experience. So it is important to me in the same way that sleeping is important to dreaming. »

Pourquoi avoir choisi la photographie justement ?

Pour mes études, je suis partie un an à New York. Afin de raconter ma nouvelle vie là-bas à mes proches, je me suis dit que les photos seraient un bon médium. J’ai acheté mon premier réflexe numérique et au gré de mes balades, j’ai appris à dompter cette immense ville et les réglages de mon appareil photo.

À côté de ta carrière de photographe, tu exerces un métier très ancré dans le concret. Comment ces deux activités se nourrissent-elles au quotidien ?

Les deux font un équilibre, la photographie m’apporte de la liberté avec un espace sans contrainte, qui m’appartient tandis que mon métier satisfait l’aspect carré de ma personnalité.

Tes photos ont un grain qui les rendent hors du temps, difficiles à situer d’un point de vue temporel. Pourquoi ce rapport au temps si particulier ?

Car c’est la vie non ? Les mêmes essentiels demeurent à travers le temps : les petits moments de bonheur, les détails qui forgent les souvenirs.

On a le sentiment qu’à une époque où l’information défile à grande vitesse, tu cherches à fixer l’instant dans tout ce qu’il peut avoir de contemplatif… Est-ce la vision que tu souhaites véhiculer à travers tes photos ?

Est-ce que justement ça ne fait pas du bien de prendre un peu le temps ? Ne pas se laisser envahir par tout, ne pas penser à ce qu’il faut faire après.

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Tu as dit sur Twitter que tu n’étais pas une photographe qui raconte des histoires, mais qui photographie pour te souvenir. Mais se souvenir, n’est-ce pas un peu raconter une histoire ?  Ou tout du moins, figer un morceau d’histoire ?

Ce n’est pas faux. Cette description vient en fait en rupture de ces photographes qui se disent raconteur d’histoires (storyteller). Ça me semble un peu prétentieux même si je sais qu’aujourd’hui la communication autour de ses photos est plus importante que les images elles-mêmes.

On ressent une certaine mélancolie quand on regarde tes photos. Le souvenir est-il toujours lié à la mélancolie ?

Non au contraire. Quand je regarde mes photos, je souris.

Comment souhaites-tu que tes photos évoluent à l’avenir ?

J’aimerais beaucoup les voir accrochées sur les murs d’une galerie, dans un bar ou même chez les gens.

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Retrouvez bientôt Tamara Jullien à travers un mook (entre le magazine et le livre) d’un voyage en Argentine, Bolivie, Pérou. Et sur son site Internet

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few