Aujourd’hui, on vous propose de retrouver notre amie Tara Lennart, experte et surtout passionnée de littérature. Nous vous l’avions déjà présentée via notre article sur Denise Labouche, la revoilà plus énergique que jamais – accompagnée de M.Achille – grâce à son nouveau projet : Bookalicious, des chroniques littéraires sur le net, dans un style aussi décalé que rock’n roll.

T&Duras

Hello Tara, nous te connaissons via Denise Labouche Editions. Peux-tu revenir sur ton parcours ?

Mon parcours est assez atypique, en fait… Je suis une « self-made woman » : pas d’études achevées au compteur, et une tendance à vouloir tout apprendre, une curiosité presque forcenée. J’ai eu la chance de grandir dans un milieu très ouvert, avec un brassage culturel permanent. Donc j’ai pu construire un édifice au fil du temps, structurer mes connaissances et ancrer mon métier (journaliste)… Puis je me suis rapprochée de médias à la fois pointus et assez décalés pour me permettre une totale liberté sur des sujets un peu underground. Il y a Denise Labouche, mais Brain Magazine et Gonzaï, entre autres… Je viens d’écrire un papier pour la Quinzaine Littéraire, et j’en suis très très fière!

Quel rapport as-tu avec la littérature ? T’a-t-elle toujours passionnée ?

Quand j’étais enfant, je voulais « lire tous les livres du monde entier », ce qui a sans doute garanti une certaine tranquillité à mes parents : j’étais tout le temps plongée dans un livre. J’ai su lire très tôt! J’écrivais des livres au lieu de faire mes devoirs, petite ; je lisais Shakespeare au lieu de sortir picoler, adolescente… J’ai voulu être bibliothécaire, occultiste, chercheuse en littérature, traductrice… Puis quand j’ai lu Duras et Salinger, ça a été un choc et j’ai décidé que ma vie tournerait autour de la littérature, en conjuguant critique et écriture.

Parle-nous de Bookalicious, ton nouveau concept.

C’est une web-émission dédiée à la critique littéraire, un concept qui n’existe pas en France, en tout cas pas par des pros. L’émission phare consiste en une critique d’environ 7 minutes, ou je présente le livre, et le critique en faisant ressortir ses points forts.Il y a des hors série, de temps en temps, des interviews d’écrivains. Et des « plus » avec les « Mots de M.Achille » et nos « Versus », concepts initiés par mon jumeau maléfique, M.Achille qui va très bien étayer mes propos.

Effectivement, on avait envie d’apporter quelque chose de nouveau sur le web, et c’est une chose assez ardue vu la motivation globale des gens et le taux de production très très élevéde contenu. Alors on a cherchédes concepts autour de la littérature, et je pense que d’autres arriveront. Après tout, Bookalicious est un média, pas juste un nom.

Pourquoi avoir choisi le format web-émission ?

Pour changer ! En fait, M.Achille essaye depuis plusieurs mois de me faire regarder autre chose que Arte, et il m’a fait découvrir des émissions web d’un excellent niveau. Je ne regarde pas la télé, à part Arte et Canal en replay, et j’avais envie de programmes à la fois pointus et pas trop sérieux. Du coup, j’ai découvert Usul, Fossoyeur de Séries, Axolot…

Pour moi, internet incarne la « bonne » télé, dans le sens oùtout le monde peut s’exprimer. Certes pour le meilleurs et pour le pire, et on trouve l’équivalent du TF1 sur youtube, mais on peut quand même trouver des programmes qui ne passeraient jamais àla téléaujourd’hui. Avec du culot et un peu de matériel, on peut partager sa passion sans se soucier des formats ou autres limites définies par les grands médias.

Comment se déroule une émission de Bookalicious ?

On coupe les mobiles, je scotche mon script sous l’appareil photo, M.Achille fait les réglages image et son, et c’est parti ! J’improvise pas mal en fonction des idées qui me reviennent en parlant, et Achille intervient quand je me répète ou ne suis pas assez dynamique, il me coache en live. Parfois les tournages sont longs, du coup. Ensuite, il monte et rajoute les effets en post-prod et on met en ligne. En tout, sans compter la lecture du livre dont je parle, un épisode prend une semaine à réaliser. Nous faisons tout : écriture, temps de tournage, montage… puis buzz, community management, mise à jour du site, c’est un travail étalé mais dense.

Il y a un gros travail de production derrière un simple épisode de 7 minutes. Tout le monde qui réalise ses projets dit la même chose, entre l’écriture, la réalisation, le montage et la post prod, on atteint un quota d’heures de boulot énorme par rapport au temps de visionnage pour l’internaute.

Comment choisis-tu les ouvrages que tu chroniques ?

Ce sont des coups de coeur, lus de A à Z, quel que soit le temps que je vais mettre à le lire et donc à préparer mon émission… Je préfère mille fois parler d’un livre peu connu qui m’a bouleversée que d’un best-seller insipide et cousu de fil blanc (et donc faire moins de vues, dans l’absolu). Et j’essaie de parler de ce que je connais bien ou appréhende mieux, comme la littérature américaine un un peu underground… Je ne connais pas du tout la littérature asiatique, par exemple, et j’ai préféré laisser la parole à Achille pour cette branche plutôt que de l’ignorer ou d’en parler de manière convenue ou maladroite.

En quoi tes chroniques sont-elles différentes des autres ?

Elles sont plus rock’n’roll ! Sérieusement, il y a des gens qui écrivent de très bonnes choses, évidemment. Mais très peu qui abordent la littérature sous un angle à la fois professionnel et ludique. C’est paradoxal, ce que je dis, mais je le pense sincèrement. J’aime bien définir mon travail en disant que je m’inspire autant de Duras que des rock critics comme Lester Bangs, autant de Hemingway que de Thompson. J’ai toujours travaillé avec un esprit gonzo chevillé à une rigueur proche de l’intransigeance, l’un équilibrant l’autre. Enfin tout est relatif, bien sûr!

Penses-tu qu’il manquait une vraie présence littéraire sur le web ?

Eh bien, je pense que oui. Vidéo en tout cas, c’est sûr : ça n’existait pas sous cette forme. Il y a de très bonnes émissions sur le cinéma, sur les jeux vidéos, sur les séries, mais il n’y en avait pas sur les livres. C’était un peu un pari parce que c’est tout de même un support non visuel, donc pour intéresser les gens, on part avec un handicap qu’on a devancé en parlant de livres un peu funky et en travaillant la forme. J’ai grandi avec Canal + et MTV donc j’ai un formatage plutôt intéressant. Et M. Achille, plus jeune que moi, a une culture internet très pointue.

Comment promouvoir efficacement la littérature sur le web ?

C’est assez difficile, en réalité. Et très long. Mais je suis persuadée qu’en proposant un contenu de qualité, en cherchant des angles originaux, en décalant toujours le propos et en ne lâchant pas ses objectifs, on y arrive. Il faut prendre son temps, travailler énormément, et s’associer à des relais dynamiques et motivés, eux aussi. On se rend compte, au fur et à mesure des épisodes, qu’il y a une véritable attente en matière de contenu littéraire de qualité. Les gens lisent, contrairement aux poncifs. Et il y en a qui cherchent des livres avec une âme. C’est ce que je tiens à défendre…

Comment vois-tu l’avenir de Bookalicious ?

Nous avons lancé le concept sur Tipeee, la première plateforme de « tip » participatif, c’est un genre de crowdfundig nouvelle génération très intéressant et ça nous permet d’être moins déficitaire, c’est un grand premier pas! Ensuite, nous avons de beaux projets en tête : plus d’interviews, meilleure qualité d’image, montage encore plus pointu etc. Au niveau du contenu, avec le site, nous avons la possibilité d’élargir notre univers. Désormais, nous pouvons mieux renvoyer la balle à nos partenaires, parler de ce qu’on aime de manière plus développée… (préparer une GROSSE surprise aussi). On aimerait que BooKalicious devienne un rendez-vous incontournable des amoureux de la littérature.

bookalicious

A propos de l'auteur

Créatrice de Spanky Few