Marc Levy est probablement l’auteur français le plus connu au monde. Depuis ses débuts littéraires en 2000, le public l’adule et les plus grands comme Steven Spielberg le réclament. Pourtant, il est parfois décrié, car considéré comme trop populaire par certains. Quand nous avons interviewé Augustin Trapenard, celui-ci a eu une phrase très juste : « il ne faut pas sous-estimer le jugement des lecteurs – et c’est la raison pour laquelle j’ai toujours été intéressé par les succès d’un Marc Levy, d’une Katherine Pancol ou d’une Anna Gavalda, tous ces auteurs dits populaires« . Ce propos nous a fait réfléchir. On a pensé « pourquoi ne pas demander son avis à la source ? ». À l’occasion de la sortie de Elle et Lui, son nouveau roman le 5 février, nous avons décidé de l’interroger. Quelques échanges d’emails et une session Skype plus tard, Marc Levy nous livre ses impressions avec justesse et humilité.

Marc Levy par Christian Geisselmann

Marc Levy par Christian Geisselmann

Après un beau parcours d’entrepreneur, vous vous lancez dans l’écriture. Était-ce une passion depuis longtemps ?

J’ai écrit un premier manuscrit quand j’avais dix-sept ans, que j’ai jeté aussitôt terminé. Entre mon travail et ma jeune paternité, la vie était trop pleine pour me laisser le loisir d’écrire. Je n’ai repris la plume qu’à l’approche de la  quarantaine. Je n’imaginais pas être en train d’écrire un roman, je prenais juste du plaisir à retrouver mes personnages le soir, quand mon fils était couché, et n’avais d’autre ambition que de prolonger ce plaisir d’écrire, comme des milliers de gens s’adonnent à la peinture ou la musique, sans pour autant penser à exposer dans une galerie ou à monter sur scène.

Le hasard et la chance ont voulu que ma sœur trouve le manuscrit de « Et si c’était vrai » sur mon bureau. Que je l’envoie à un éditeur est devenu un peu obsessionnel chez elle. Je l’ai d’ailleurs fait pour me débarrasser de son insistance. Dix jours plus tard, Bernard Fixot m’a contacté et  annoncé qu’il voulait publier ce roman. Je n’avais pas conscience de ce que représente l’acte de publier encore moins du fait que mes proches, les gens avec qui je travaillais pourraient lire ce que j’avais écrit.

Le livre fut publié huit mois plus tard, je l’avais presque oublié, car j’étais très pris par mon travail et mon fils. Et puis les choses ont adopté une tournure particulière quand Steven Spielberg m’a téléphoné pour me dire qu’il voulait en acheter les droits. C’était une chose tellement incroyable alors là, j’ai vraiment compris que ma vie était en train de changer.

Quelle a été votre réaction en apprenant que Et si c’était vrai… allait être adapté au cinéma ?

À l’instant T, ce n’était pas tant que le livre soit adapté au cinéma, mais d’avoir parlé à Steven Spielberg au téléphone qui me fascinait ! Je suis un grand admirateur à la fois du cinéaste et de l’homme. Aussi, lorsqu’une nuit dans le bureau de Susanna Lea (mon éditrice),  j’ai entendu la voix de Steven Spielberg prononcer « Bonjour Marc »… comment expliquer ça, ce fut un de ces moments de vie qui restent à jamais gravés.

Quinze jours plus tard, je le rencontrais dans ses bureaux… Magique, émouvant et incroyable, et je vous promets de n’en avoir tiré aucune gloire, j’étais juste un homme émerveillé qui touchait l’un de ses rêves du bout du doigt. Pour répondre à votre question, ce n’était que du bonheur, ce bonheur dure toujours, et je ne me suis jamais pris au sérieux.

Ce roman, Et si c’était vrai… a été un énorme succès mondial, tout comme les ouvrages qui ont suivis. Comment expliquez-vous l’engouement du public à votre égard ?

Je ne l’explique pas et si je cherchais à l’expliquer, ce serait affreusement prétentieux. La seule raison que j’ai pu trouver, est que j’avais eu une immense chance, et qu’il me faudrait travailler beaucoup pour essayer de la mériter.

La raison de ce succès est peut-être aussi liée à ce que je n’ai jamais eu peur d’être sincère, je n’ai jamais cherché à séduire, j’ai maintes fois changé de registre, de thème, je suis passé de la comédie fantastique à la comédie romantique, au livre historique, au thriller, y compris au thriller politique. C’est un tout autre travail que celui qui consiste à faire vivre des aventures à un personnage récurrent. C’est aussi plus risqué. Que les lecteurs me suivent depuis 15 ans me rend tellement heureux. J’aime passionnément ce métier, écrire est devenu l’une de mes raisons de vivre. Il n’y a pas de plus beau cadeau que la générosité et la confiance que m’accordent les lecteurs. Parfois, et par pudeur, cela m’intimide, mais ça me rend follement heureux !

Au contraire, la presse n’a pas toujours été tendre avec vous. Comment expliquer un tel décalage ?

La presse n’a pas été plus vacharde avec moi qu’avec d’autres. Critiquer quand quelque chose marche au lieu de s’en réjouir, est dans l’air du temps. D’autres aussi en ont pris plein la figure. Il en a toujours été ainsi. (Marc Levy montre un livre – Ceci n’est pas de la littérature – offert par Guillaume Durand). Pierre Desproges disait de Marguerite Duras qu’elle était « la papesse gâteuse des caniveaux bouchés« . Il y aussi Colette, qui pour Charles Dantzig, était « dégueulasse ». Et tant d’autres exemples.

C’est vrai qu’il y a eu, notamment à la sortie de Et si c’était vrai… des attaques vachardes et méchantes, quelques-unes se sont poursuivies avec acharnement, la plupart du temps de gens qui n’ont jamais lu un de mes livres. Mais très franchement, ce n’est plus autant le cas aujourd’hui.

Pensez-vous qu’un auteur à succès doive être un auteur médiatique ?

Non, pas du tout. « Auteur à succès » est vraiment un titre inventé par les médias, mais un « auteur à succès » ça n’existe pas. Le succès n’est en aucun cas garanti, chaque livre, est une prise de risque ou tout est remis en cause.

Est-ce que la sortie d’un livre, d’un film ou d’un disque doit être entourée d’une couverture médiatique importante ? Probablement. Quand on a la chance que j’ai, on ne peut pas bouder la promotion de son livre. Ne serait-ce que par respect pour tous ceux qui se donnent corps et âme et travaillent au devenir d’une maison d’édition, d’une librairie. Le livre est le fruit d’une chaine de métiers, il est désormais fortement concurrencé par d’autres types de divertissements, alors, il ne faut pas économiser son énergie pour continuer de donner envie de lire.

Mais pour autant, il n’y a aucune raison de devenir soi-même une chose médiatique. Il y a une différence entre parler de son travail et parler de soi.

Depuis vos débuts en 2000, comment le monde de la littérature a-t-il évolué ?

Les smartphone, l’internet et le wifi,  y ont changé beaucoup de choses. L’envie de lire se faisait ressentir dans les moments où nous étions déconnectés du monde.  Dans son lit ou dans son bain, dans les transports, en vacances, on lisait des romans. Aujourd’hui, nous gardons les yeux rivés à nos smartphones, nous sommes connectés du matin au soir et presque en tout lieu. Le temps réservé à la lecture a été détourné, c’est ainsi.

Pouvez-vous nous parler de vos projets  pour les mois à venir ?

Mon prochain roman qui s’intitule « Elle & Lui » sort ce 5 février.

Après avoir écrit deux thrillers et un livre sur la jeunesse américaine des années 70,  c’est pour moi un grand retour à la comédie. « Elle & Lui » s’inscrit dans la veine de « Et Si c’était vrai », ou de « Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites ». D’ailleurs, l’un des personnages d’ « Et si c’était vrai » est le protagoniste principal de ce nouveau roman. Je me suis beaucoup amusé en l’écrivant, c’est une vraie comédie, et j’espère qu’en ces temps troubles, elle fera rire les lecteurs et leur procurera un vrai moment de détente. L’histoire se passe dans le milieu de l’édition. Le personnage principal, Paul,  est un ancien architecte devenu écrivain, il a quitté San Francisco pour venir s’installer à Paris… l’autre personnage principal, Mia, anglaise, est une actrice de cinéma qui vient se cacher à Paris. Paul et Mia vont se rencontrer, bien sûr, mais Paul ignore totalement qu’elle est actrice et Mia se garde bien de le lui faire savoir…

Je travaille aussi à l’adaptation scénaristique d’un de mes romans.

 

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few

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