Alors qu’aux États-Unis, la révolution du podcast est en marche, de ce côté-ci de l’Atlantique, on tarde un peu à s’y mettre. Il apparait pourtant que les acteurs de la mode se penchent sur le sujet puisque le magazine Elle a officiellement lancé une série de podcasts hier. Il semblerait néanmoins que se lancer dans cette aventure soit un long chemin semé de joie, mais aussi d’embuches. Valérie Tribes est journaliste de mode indépendante. Il y a quelques semaines, elle a fait le pari du podcast en sortant Chiffon, un podcast dédié à la mode. Pour nous, elle fait un premier bilan sans concession de cette expérience.

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Valérie, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai un parcours tout aussi linéaire qu’éclectique. J’ai fait des études de droit d’auteur à Assas puis une école de journalisme. J’ai été tout de suite embauchée dans la presse professionnelle des CHR (Café Hotel Retaurant) à la sortie de mes études. Après un petit passage à la télévision, je me suis retrouvée dans les tendances par hasard. J’ai travaillé pour différents magazines féminins –Milk, 20 ans, Changer Tout, Femmes, Féminin Magazine…) toujours en freelance (à l’époque cela marchait très bien) puis j’ai été rédactrice en chef de Journal de France. J’ai créé en 2015 un journal indépendant La Petite Gazette de la Mode, mais pas que qui a tenu 10 numéros.

La mode vous a-t-elle toujours passionnée ? Pourquoi avoir choisi le journalisme plutôt que le stylisme par exemple ?

Pour être styliste, il faut une parfaite connaissance des tissus et des coupes. Moi je suis plus portée sur les tendances et la mode en tant que phénomène sociétal.

Début 2017, vous vous lancez dans un nouveau projet : Chiffon, un podcast principalement dédié à la mode. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans ce projet ?

Plusieurs facteurs : la baisse des salaires, la précarité des piges avec une omniprésence de l’auto entrepreneuriat, J’ai perdu un zéro sur ma fiche de paye en 1 an ! Et puis le manque d’indépendance des titres de plus en plus soumis aux marques. Et un certain milieu de l’entre soi qui donne la parole toujours aux mêmes personnes dans la mode.

En quoi la mode est-elle un sujet qui se prête bien au podcast ?

J’interviewe des gens de tous les milieux. Tout le monde peut s’exprimer sur le sujet.

L’aventure Chiffon a commencé il y a maintenant un mois. Pouvez-vous tirer un premier bilan ?

J’ai été étonnée par le départ en trombe de Chiffon (4e au classement iTunes au premier épisode) et ce, sans publicité ni presse. Le seul bémol est le financement et le retard de la France sur le sujet.

Vous disiez notamment sur votre compte Instagram que vous aimeriez être plus soutenue par les médias et les marques. Pensez-vous qu’il y a un désamour de leur part sur des podcasts ?

Ce n’est pas un désamour, mais une grande frilosité. Les marques ne peuvent pas mesurer le retour sur investissement avec un podcast. Or c’est faux il suffit de regarder le nombre de téléchargements !

Justement, pourquoi avez-vous choisi le format podcast et pas celui d’une vidéo sur YouTube par exemple ?

J’adore la radio ! Et on peut écouter un podcast de partout ! Pas une chaîne YouTube. Et puis, on vit dans une société de l’image. On est noyé par les vidéos et images. Je préfère me recentrer sur la voix !

Pensez-vous que le podcast représente l’avenir en terme de diffusion de contenu ?

Oui, il prendra la place des articles de fond qui disparaissent du print !

Aux États-Unis, la connaissance des podcasts entre 2015 et 2016. Selon une étude d’Edison Research de mai 2016, environ 150 millions d’Américains sont désormais familiers du terme «podcasting»: soit 55% des Américains. 21% des Américains sont considérés comme des «auditeurs actifs», qui en écoutent tous les mois*. Comment expliquer ce décalage avec la France ?

J’ai emmené Chiffon à New York et j’ai vu le décalage ! Les marques investissent beaucoup dedans… Cela viendra en France… Nous sommes des moutons !

A propos de l'auteur

Déborah Larue
Créatrice de Spanky Few

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